Automobile

FERRARI LUCE : SOLD OUT

La Ferrari électrique que tout le monde a détestée s'est vendue en moins de deux mois

Première Ferrari 100 % électrique, première Ferrari à cinq places, la Luce restera aussi comme la plus raillée de l’histoire de Maranello. Dessinée par Jony Ive et Marc Newson, vendue 550 000 euros, elle a pourtant écoulé la totalité de ses quelque 500 exemplaires prévus pour 2026 en moins de deux mois. Le carnet de commandes est désormais plein jusqu’en 2027. Personne, ou presque, ne l’avait vu venir.

Une présentation accueillie par les sifflets

Le 25 mai 2026, Ferrari dévoile à Rome sa première voiture électrique. L’accueil est glacial. En quelques heures, la Toile transforme la Luce en cible : trop lisse, trop sage, trop pratique, trop électrique pour porter le cheval cabré. Une berline liftback de cinq mètres qui assume la ligne d’un grand coupé familial plutôt que celle d’une supercar, cela ne s’était jamais vu à Maranello.
La sanction dépasse les réseaux sociaux. Le titre Ferrari recule de plus de 6 % au lendemain de la présentation. Et c’est de la maison elle-même que vient la charge la plus dure : Luca di Montezemolo, ancien président de la marque, lâche auprès de la presse italienne une formule assassine, invitant Ferrari à « enlever au moins le cheval cabré » de la voiture. Difficile d’imaginer départ plus raté pour un modèle censé ouvrir une nouvelle ère.

Pourquoi la Ferrari Luce a-t-elle autant divisé ?

Parce qu’elle rompt avec tout ce qui fait une Ferrari dans l’imaginaire collectif. Pas de moteur qui hurle, pas de deux places bas sur pattes, pas de silhouette taillée pour la piste. À la place, une berline à hayon de 5,026 mètres, cinq vraies places, des portes à ouverture centrale et un toit vitré monolithique noir. Le dessin est signé LoveFrom, le studio de Jony Ive et Marc Newson, deux noms venus du monde Apple plutôt que de celui de l’automobile.
Ce choix de confier les lignes de la première électrique à des designers extérieurs a été lu par une partie des puristes comme une trahison. Le débat a été si vif qu’il a nourri des relectures et des contre-propositions de designers indépendants. La Luce est devenue, en quelques semaines, l’objet automobile le plus commenté de l’année.

Sous la carrosserie contestée, une mécanique hors norme

Les moqueries ont fait oublier l’essentiel : techniquement, la Luce est une bête. Quatre moteurs synchrones à aimants permanents délivrent 1 035 chevaux en transmission intégrale, de quoi expédier ces 2,26 tonnes de 0 à 100 km/h en 2,5 secondes, pour une pointe supérieure à 310 km/h. La batterie de 122 kWh en architecture 800 volts annonce environ 529 km d’autonomie WLTP et encaisse une charge rapide de 350 kW.
Ajoutez les quatre roues directrices, le vectoriel de couple et la suspension active, et l’on comprend que Ferrari n’a pas signé une simple berline électrique premium. La maison a d’ailleurs inscrit la Luce dans une trajectoire déjà entamée avec ses modèles hybrides, dont la 296 GTS et son V6 électrifié. La rupture est esthétique bien plus que mécanique.

Combien de Ferrari Luce ont été vendues, et à quel rythme ?

Là est le vrai coup de théâtre. Ferrari avait calibré la production 2026 à un peu moins de 500 exemplaires. Ce quota a été rempli en moins de deux mois après la présentation du 25 mai. Mieux : les commandes débordent déjà sur 2027, portées à la fois par des clients historiques et par de nouveaux acheteurs que la marque n’avait jamais touchés.
Ramené à l’échelle de Maranello, qui a livré 13 640 voitures dans le monde en 2025, ce volume représente une fraction infime de la clientèle. Autrement dit, il a suffi à Ferrari de solliciter une poignée de ses fidèles pour épuiser la Luce, quand la moitié de la planète la déclarait indésirable. Le tollé n’a rien coûté ; il a peut-être même servi.

La leçon de Maranello : le bruit n’est pas la demande

Interrogé fin juillet sur ce lancement chahuté, le directeur général de Ferrari, Benedetto Vigna, a coupé court : il « ne changerait rien » à la façon dont la Luce a été présentée. La marque a même laissé entendre qu’elle savourait la polémique. Quand un objet se vend intégralement avant sa première livraison, prévue au dernier trimestre 2026, la controverse devient un actif marketing.
La Luce administre une démonstration que le luxe connaît bien mais oublie régulièrement : le vacarme des réseaux et l’appétit des vrais acheteurs sont deux choses distinctes. Ceux qui insultaient la voiture n’auraient jamais signé le chèque. Ceux qui l’ont signé, eux, ne commentent pas. Contre toute attente, la Ferrari la plus détestée de la décennie est aussi l’une des plus vite épuisées.

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