Automobile

Venuum signe la Ferrari Luce que Maranello n’a pas osé dessiner

Le préparateur émirati dégaine son kit widebody avant même les premières livraisons. Provocation, sacrilège, ou simple rappel à l'ordre adressé au Cavallino ?

Il fallait oser. Ferrari prépare sa première voiture 100 % électrique pour 2027 — la Luce, ticket d’entrée au-dessus de 500 000 euros, déjà adoubée par les chevaux de retour de la finance et déjà clouée au pilori par les puristes — et avant même qu’un seul exemplaire ne quitte Maranello, un préparateur basé aux Émirats sort son crayon et corrige la copie. Venuum. Un nom qu’on entendait jusqu’ici dans les coulisses moquettées des concours de Dubaï, et qui vient d’envoyer à la planète Cavallino une carte postale dont la légende tient en une ligne : « Vous avez oublié l’essentiel. »
L’essentiel, chez Ferrari, n’a jamais été la silhouette consensuelle ni l’aérodynamique propre. C’est la tension. Le ramassé, l’agressif, ce mélange italien de menace et de désir qui faisait dire à Enzo qu’une Ferrari devait se reconnaître au bruit de ses arches. La Luce, dans sa version d’usine, ressemblait à une berline japonaise haut de gamme passée à la machine. Élégante, oui. Ferrari, beaucoup moins.

Le scalpel sorti du carbone

Le kit Venuum ne fait pas dans la demi-mesure. Tout est en carbone apparent, tressé serré, traité mat pour ceux qui ont compris que le brillant, c’est pour les concept-cars de salon. À l’avant, un splitter affûté comme un rasoir straight-edge, flanqué de deux canards qui prolongent la signature lumineuse en pointes acérées. Les ailes avant s’évasent — ce vocabulaire d’élargisseur, cette gourmandise visuelle qu’on croyait disparue avec les 288 GTO. Les sorties d’air des portières avant ont été redessinées, les bas de caisse rabaissés au point qu’on devine, en regardant la voiture de trois quarts, une promesse de chasse au sol.
À l’arrière, c’est la sentence. Aile fixe, diffuseur tridimensionnel taillé pour évacuer un air que la Luce, en théorie, ne traverse plus mais sculpte. Le tout repose sur des passages de roues élargis qui rendent la voiture, optiquement, plus longue et plus basse. Plus elle.

Le tuning avant la voiture

Ce qui est troublant, ce n’est pas tant le résultat — c’est le calendrier. Venuum a sorti son rendu numérique alors que les premières Luce dorment encore dans les containers de Fiorano. Le marché secondaire arrive avant le marché primaire. Le préparateur prend le pas sur le constructeur. Dans le luxe automobile, c’est l’équivalent d’un tailleur de Savile Row qui retoucherait la nouvelle collection d’un grand couturier avant le défilé.
À ce stade, précisons : le kit demeure une étude — un rendu, des intentions, pas encore une commande validée. Aucune information confirmée sur les matériaux exacts, le prix, ou un éventuel impact aérodynamique mesuré en soufflerie. Venuum n’a pas non plus dit combien d’exemplaires seraient produits, ni si Ferrari Approved Bodyshops avalisait l’opération — on devine la réponse. Mais l’effet a déjà eu lieu : un précédent. Une voiture critiquée pour son tiédisme stylistique trouve son antidote avant même d’être livrée.

Une question d’identité, pas de tôle

Tous les critiques ne sont pas convaincus. Certains observateurs lui reprochent l’inverse exact de la Luce d’usine : trop d’appendices, trop d’agressivité au kilogramme, une silhouette qui finirait par évoquer une berline sport asiatique tunée plus qu’une héritière de la 250 GT SWB. Le reproche n’est pas illégitime. La frontière entre « widebody assumé » et « accessoirisation de salon » est mince, et Venuum la longe sans toujours rester du bon côté.
Mais l’enjeu réel dépasse ce kit. La Luce est un test culturel : Ferrari peut-il glisser de la combustion à l’électron sans perdre son ADN visuel — ce frisson dans la nuque qu’on attend, en règle générale, dès qu’un V12 démarre ? L’arrivée d’un préparateur dans la conversation, avant même les livraisons, suggère que la maison de Maranello a un problème de signature avant d’avoir un problème de moteur. Et que le marché, lui, n’attendra pas 2027 pour le faire savoir.


À retenir. Le carbone se commande. Le caractère, lui, s’impose. Venuum vient de rappeler à Ferrari que la première règle de la gioielleria su ruote n’est pas écrite à Maranello — elle est dictée par ceux qui paient. Et qui, désormais, modifient.

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