Le 35e Monaco Yacht Show a ouvert ce mercredi à Port Hercule avec 43 superyachts livrés cette année, sur plus de 120 bateaux à quai et plus de 560 exposants. Commander le sien dans un grand chantier, en revanche, c’est attendre 2028, ou plus tard.
L’organisateur en a fait son premier argument de vente. Toby Moore, directeur général d’Informa Prestige, qui organise le salon, rappelle qu’à Monaco un acheteur peut monter à bord des bateaux de l’année, croiser les chantiers qui les ont construits et les courtiers qui les loueront ou les revendront. L’intérêt tient, selon lui, à une contrainte : « une nouvelle commande dans un grand chantier signifie attendre 2028 ou au-delà ». La revue Top Yacht Design dresse le même constat, avec des délais de livraison qui dépassent désormais 2028 chez les meilleurs constructeurs.

Moins de bateaux, plus de mètres
Les chiffres du secteur expliquent cette file d’attente. Selon le Global Order Book 2026 de BOAT International, que cite l’organisateur, le carnet de commandes mondial recule en nombre de bateaux pour la deuxième année consécutive, tandis que la longueur et le tonnage moyens des yachts en construction atteignent des records. Les créneaux des grands chantiers sont réservés jusqu’en 2028 et 2029, ce qui range un yacht livré en 2026 parmi les biens les plus rares du marché.
Le paradoxe tient dans ces deux courbes : les commandes baissent en nombre, les bateaux s’allongent, et c’est la taille qui remplit les cales. Les grands chantiers ne manquent pas de clients, ils manquent de place, et cette place se réserve désormais des années à l’avance.
Le gros de la promotion 2026 se concentre là où la construction en série semi-personnalisée rencontre l’économie de la location, avec le Benetti B.Now de 50 mètres, le Riva 54 Metri ou le Mangusta 165 REV. Le plus long des bateaux de l’année, Nixie, sort de chez Lürssen et mesure 102 mètres.
Un marché qui parle italien
Ce marché parle d’abord italien. Les chantiers de la péninsule réalisent 52 % de la production mondiale de superyachts commandés ou en construction, selon le même Global Order Book, et Sanlorenzo, Azimut-Benetti et les marques du groupe Ferretti alignent le plus de coques à Monaco. Baglietto y amarre son T60, le plus grand yacht de ses 172 ans d’histoire, premier d’une série de trois unités déjà vendues dont les livraisons s’étalent sur les deux prochaines années.
Un nouveau venu arrive même de l’automobile. Brabus, le préparateur allemand, signe son tout premier yacht avec AB Yachts, un chantier dont les carènes savent dépasser 60 nœuds. Benetti, de son côté, montre Dagger, 67 mètres dont la propulsion hybride associe moteurs classiques, électricité et batteries au sel.

Trois portes pour ne pas attendre
Pour celui qui veut naviguer sans patienter, le salon ouvre donc trois portes. La première est la promotion 2026, déjà à flot. La deuxième est l’occasion : 38 des yachts annoncés sont présentés par des courtiers et des sociétés de location, avec une longueur moyenne proche de 49 mètres et une année de lancement moyenne de 2016. La troisième est la rénovation, que les organisateurs vendent comme la disponibilité rapide que le carnet de commandes ne sait plus offrir : le Feadship Double Haven, 51 mètres lancés en 1993, a été refait en 2024.
À Monaco, cette année, le luxe n’est plus de faire construire, c’est de ne pas attendre. Le salon ferme samedi 26 septembre ; les prochaines cales libres des grands chantiers, elles, se comptent à partir de 2028.
Sources : Monaco Yacht Show (organisateur, liste de la flotte 2026), Top Yacht Design

