Art Culture

Charles Riva, l’art dans la peau

Charles Riva, ancien marchand international et collectionneur d’art contemporain nous a ouvert les portes de sa collection privée. Propos recueillis par Daphné Roda
Charles Riva Collection (The Apartment) 2020; Richard Prince, Two Guys Twice, 2001 and Richard Serra, Elevational Weights, Vertical Mass, 2010, © HV Photography
Roy Lichtenstein, Brushstroke

C’est dans sa magnifique demeure du 19e siècle du quartier Louise à Bruxelles que Charles Riva, nous a reçu pour nous présenter sa collection. Ce passionné d’art contemporain a débuté sa collection à la fin des années 90 et la partage au public dans sa résidence.

PREMIUM : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Charles Riva : Je m’appelle Charles Riva, je suis d’origine franco-italienne et je suis arrivé à New-York à l’âge de 19 ans. J’ai toujours eu beaucoup d’amour pour l’art américain depuis mon plus jeune âge. Je me sens davantage américain qu’européen d’ailleurs. J’ai ouvert ma première galerie à l’âge de 23 ans, qui s’appelait Riva Galerie. En 2001, j’ai ouvert deux galeries appelées Sutton Lane à Londres, que j’ai développées peu après à Paris. Après avoir ouvert 5 galeries, j’ai estimé que le « business model » des galeries avec foires ne marchait plus et j’ai décidé de fermer toutes mes galeries afin de d’ouvrir une collection privée en Belgique et à New York pour mettre en évidence mes préférences en matière d’art. J’ai également mis en place un fond d’investissement avec ma partenaire Olyvia Kwok et d’autres investisseurs, structuré comme un family office, et dont les bureaux sont situés entre New York, Londres et Hong Kong.

PREMIUM : Comment êtes-vous arrivé à Bruxelles ? Est-ce que Bruxelles est considéré comme un centre d’art ?
C. R. : Bruxelles fut un choix stratégique car le marché immobilier est peu coûteux, mais aussi parce que les collectionneurs flamands sont parmi les plus importants au monde. Cela m’a permis de créer dans ma collection un programme d’expositions contemporaines, et de pouvoir profiter de mes œuvres d’art sans les laisser enfermées dans un storage, pour ainsi partager ce que j’aime avec un large public. Bruxelles est tout d’abord un centre international de passion. Les collectionneurs belges achètent plutôt à l’étranger qu’en Belgique. Je fais de même. Bruxelles est un endroit de connaisseurs. Ils ont un programme contemporain plus pointu qu’à Paris par exemple.

PREMIUM : Depuis combien de temps êtes-vous collectionneur d’art ? D’où vient cette passion ?
C. R. : Ma mère était peintre et mon père architecte. J’ai commencé à vendre les premiers tableaux à l’âge de 16 ans. L’art est rapidement devenu une obsession. En tant que collectionneur, on devient rapidement des compulsive buyers. J’ai commencé avec la photographie en étant jeune car je n’avais pas beaucoup d’argent, j’ai commencé par acheter des photos d’Helmut Newton, Philip-Lorca diCorcia, polaroids d’ Andy Warhol, Thomas Ruff…

PREMIUM : Quelle fut votre première acquisition et pourquoi ? 
C. R. : J’ai toujours eu le rêve américain, après mon service militaire, je n’avais qu’une envie, partir aux États-Unis. À l’époque, je travaillais pour un baron belge dans un hôtel particulier, et je vendais de l’art (Chagal,… des choses très classiques). Un jour, il a mis sur son mur cette lithographie de Roy Liechtenstein. Et je l’ai achetée. Ce fut la première œuvre que j’ai achetée. A l’époque, le marché de l’art était moins développé et moins compétitif, les maison de ventes étaient plus calmes. On ne parlait pas encore de celebrities artists comme Jeff Koons, Takashi Murakami ou Damien Hirst, qui deviennent maintenant démodés.

PREMIUM : Comment qualifierez-vous votre collection en 3 mots ?
C. R. : Américain, amour et investissement.

PREMIUM : Quelle est votre stratégie pour trouver des pièces rares ? 
C. R. : J’essaye d’acheter les rêves que j’ai vus dans les musées. Je combine une stratégie de coups de cœur et d’intelligence. Les artistes américains font le plus grand retour sur investissement, et par ailleurs les collectionneurs européens et asiatiques achètent aussi beaucoup l’art américain. Ce sont les artistes qui ont un plus grand cachet.

PREMIUM : Quels sont vos artistes préférés ?
C. R. : Une collection d’art doit être diversifiée : j’adore Frank Stella, Christopher Wool, Richard Prince, Philippe Guston, Roy Liechtenstein. De cette manière, ma collection a pris une identité propre qui lui a permis d’acquérir une plus grande valeur et réputation.

PREMIUM : Admirez-vous d’autres collections privées ? 
C. R. : Les collections privées de Mimi et Filiep Libeert, Paul Thiers et Bart Versluys, mais aussi celles ouvertes au publique comme la collection Walter Vanhaerents, L’Herbert Foudation, la Mark Vanmoerkerke Collection, sont ce qu’il y a de plus beau en Belgique.

PREMIUM : Quels conseils donneriez-vous à des collectionneurs d’art amateurs ?
C. R. : Suivre son instinct et surtout aller dans les salle de vente qui sont les meilleures écoles pour comprendre le marché de l’art. Lire les catalogues des salles de vente. Assister aux foires : Fiac, Art Basel, Frieze et bien évidement la Biennale de Venise. Afin de devenir un collectionneur affiné et reconnu il faut aller voir beaucoup d’expositions dans des musées et galeries, et surtout visiter les autres collections ouvertes au publique. De cette manière, on peut comprendre quels sont les chefs d’œuvre d’aujourd’hui et aussi apprendre à distinguer les erreurs commises par d’autres collectionneurs.

PREMIUM : Quelle est votre pièce la plus rare ?
C. R. : J’ai actuellement 200 pièces dans ma collection. J’aimerais réduire ma collection à une centaine d’œuvres, pour réduire les coûts mais aussi pour me concentrer sur les œuvres de plus grande valeur. Ma pièce plus rare c »est une oeuvre de Roy Liechtenstein que j’ai achetée il y a deux ans et qui se trouve actuellement dans un musée.

PREMIUM : Quels sont vos futurs projets ?
C. R. : J’envisage actuellement un partenariat avec Benjamin Paulin. J’aimerais créer un mélange avec des meubles des années ’60 et ’70 et l’art contemporain afin de mettre en évidence ce contraste.

PREMIUM : Collectionnez-vous d’autres choses ? 
C. R. : J’aime collectionner les souvenirs de ce qui rend ma vie spéciale : j’aime enrichir ma vie avec des voyages, des événements, des moments partagés avec mes amis et ma famille.

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