Trois villes, seize ans et un milliard de dollars. Le Lucas Museum of Narrative Art ouvre ses portes au public ce mardi 22 septembre 2026, à Exposition Park, Los Angeles. Fondé par George Lucas et Mellody Hobson, le bâtiment dessiné par Ma Yansong déploie 27 900 m² et plus de trente galeries autour d’une idée simple : l’image qui raconte une histoire est un art à part entière. L’entrée coûte 25 dollars, gratuite pour les moins de 18 ans.

Un bâtiment sans une seule ligne droite
Le projet a failli ne jamais voir le jour. Refusé à San Francisco après quatre ans de négociations sur Crissy Field, abandonné à Chicago en 2016 face à l’opposition des associations de riverains du lac Michigan, il a finalement trouvé sa place en 2017 à Exposition Park, à deux pas de l’USC, l’université où George Lucas a étudié le cinéma. Premier coup de pioche en mars 2018. Ouverture reportée de 2021 à 2023, puis à 2025, puis à cette rentrée. CNN et Forbes évaluent l’ensemble du projet à environ un milliard de dollars.
Ce qui sort de terre ne ressemble à aucun autre musée américain. Ma Yansong, fondateur de l’agence pékinoise MAD, a conçu une masse blanche organique posée sur quelques appuis seulement, sans une seule ligne droite. L’arche centrale franchit 56 mètres et libère une place publique couverte, percée d’un oculus elliptique qui ouvre la vue jusqu’au ciel, quatre étages plus haut. L’enveloppe compte plus de 1 200 panneaux de polymère renforcé de fibre de verre, tous de forme différente, façonnés par robot puis repris à la main pour garantir l’uniformité de la surface. Plus de 150 architectes, ingénieurs et designers ont travaillé sur le chantier.
« J’ai voulu un bâtiment aussi léger et libre qu’un nuage, ou qu’un rêve », explique Ma Yansong dans le communiqué du musée.
Que peut-on voir au Lucas Museum ?
La collection permanente réunit plus de 40 000 œuvres rassemblées en cinquante ans par le cinéaste. L’accrochage inaugural en présente plus de 1 300, réparties sur 9 300 m² de galeries.
Le parcours commence au premier étage avec The History of Narrative Art: Heroes • Myths • The Sacred, qui retrace la façon dont l’image a fabriqué des mythologies, des croyances et des communautés. Le musée y a fait reproduire, en haute définition et en scan 3D, des œuvres impossibles à déplacer : le plafond de la chapelle Sixtine avec les Musées du Vatican, les taureaux ailés du palais de Sargon II avec le Louvre, les peintures rupestres d’Altamira avec le musée national espagnol, la Pierre du Soleil aztèque avec l’Instituto Nacional de Antropología e Historia mexicain. Les fichiers ont été offerts aux institutions partenaires.
Les quatrième et cinquième étages font dialoguer ce que les musées séparent d’ordinaire. Van Gogh, Artemisia Gentileschi, Jacob Lawrence et Frida Kahlo y côtoient Norman Rockwell, Beatrix Potter, Charles Schulz, Frank Frazetta, Takashi Murakami et Robert Crumb. Des galeries entières sont consacrées à la bande dessinée, au manga, au roman graphique, à la photographie de Robert Capa et Gordon Parks, et à la peinture murale.
« Ces artistes n’ont pas seulement créé des images, ils ont relié notre imaginaire moderne à nos émotions les plus anciennes », déclare George Lucas, cofondateur du musée. « Leur place est dans un musée. »
Star Wars en mouvement, et Banksy sur les murs
La galerie Cinéma inaugure avec Star Wars in Motion, consacrée aux véhicules terrestres des six premiers films de la saga : dessins préparatoires, accessoires et costumes, du Landspeeder de Luke dans Un nouvel espoir (1977) à la première version physique du Wheel Bike du général Grievous dans La Revanche des Sith (2005). Ceux qui suivent la galaxie Star Wars depuis longtemps y retrouveront une matière rarement montrée : l’intégralité des Lucas Archives (1971-2012) est entrée dans les collections.
Au cinquième étage, une salle est dédiée au muralisme. On y trouve les archives de The History of California de Judith F. Baca, fresque d’un demi-mile mieux connue sous le nom de Great Wall of Los Angeles, des œuvres de Diego Rivera et de JR, et des pièces inédites venues directement de l’atelier de Banksy. Le même geste que celui qui fait aujourd’hui entrer l’art contemporain dans la haute horlogerie : faire tomber la frontière entre art savant et culture populaire.
Deux salles obscures, une bibliothèque gratuite et un Skywalker Grill
Le musée abrite deux salles de cinéma de 299 places chacune, pensées comme des galeries où l’on entre et sort librement. Le Robert Flaherty Theater, nommé d’après le pionnier du documentaire, explore le réel. Le Slavko Vorkapich Theater, du nom du maître du montage qui dirigea le département cinéma de l’USC de 1948 à 1950, est consacré à « l’émotion du mouvement ».
La bibliothèque de recherche, gratuite et ouverte à tous, occupe une salle de lecture courbe et deux niveaux de réserves. Elle conserve plus de 30 000 comics, une partie de la bibliothèque du Skywalker Ranch, près de 3 000 livres d’art offerts par Steve Martin et son épouse Ann, et les 2 900 volumes de la bibliothèque personnelle de Joseph Campbell, annotés de sa main. Soit la source directe du « voyage du héros » qui a servi de matrice à Star Wars.
Au sommet, le Skywalker Grill, dessiné par Rockwell Group et exploité par Rhubarb Hospitality Collection, sert une cuisine américaine classique aux produits californiens et reste ouvert après la fermeture des galeries, face au panorama de Los Angeles.
Combien coûte l’entrée au Lucas Museum ?
L’entrée est à 25 dollars pour les adultes, 21 dollars à partir de 65 ans, gratuite pour les moins de 18 ans, les militaires en activité et les habitants du code postal 90037. La réservation d’un créneau horaire est obligatoire pour tout le monde, membres compris.
Le parc de 5,3 hectares dessiné par Mia Lehrer et Studio-MLA reste, lui, entièrement gratuit. Aménagé sur un ancien parking d’asphalte, il compte plus de 300 arbres plantés, jacarandas, chênes et pins, un jardin suspendu, un amphithéâtre, une cascade et dix sculptures monumentales en accès libre, dont une Maternité de Fernando Botero et un Yoda face à Grogu signé Lawrence Noble.
Le 19 septembre, la soirée d’inauguration a réuni un comité d’honneur composé de Julie Bell, Tom Cruise, Greta Gerwig, Jensen Huang, JR, Steven Spielberg, Guillermo del Toro et Pharrell Williams. Pour le voyageur luxembourgeois qui prévoit la Californie cet hiver, entre deux escales au long cours, l’adresse est facile : One Lucas Plaza, 3800 S Vermont Avenue, station de métro Expo/Vermont.
« Nous voulions un musée qui ne ressemble à aucun autre, un musée où des gens de tous horizons franchissent la même porte », résume Mellody Hobson, cofondatrice.


