Moto Power

essai : Harley-Davidson Livewire, l’électrochoc

Une Harley Davidson c’est un look, un son et beaucoup de vibrations, mais les temps changent... La preuve avec la dernière création du constructeur de Milwaukee dont l’annonce de sa motorisation 100 % électrique a fait l’effet bombe ! Cette incroyable et presque improbable Harley réussira-t-elle à convaincre les adeptes de la marque ? Par Antonio Da Palma Ferramacho #luxgears, photos : Igor Sinitsin

Lorsque la nouvelle de cette future Harley électrique fut annoncée par son prototype en 2014, le monde de la moto a cru à un poisson d’avril. Une Harley privée du bruit caractéristique de son légendaire V-Twin à 45 degrés semblait alors tout simplement impensable ! L’image du « biker » tatoué sur sa tonitruante monture s’identifie à ce point à l’icône américaine que l’idée de la rendre aphone passerait presque pour un canular. Mais ne voulant pas juger sans savoir, prêtons-nous à l’exercice de son essai pour poser notre verdict !

Roadster look
La découverte de la Livewire fut une réelle surprise car, contrairement aux autres modèles de la marque, elle ne fait pas dans l’exubérance. Le coloris orange satiné et noir de notre monture, en clin d’œil aux couleurs historiques de la marque, habille élégamment ce roadster dont le style « naked bike » dégage des lignes pures et contemporaines. Exempte de carénage, la tête de fourche s’habille d’un entourage de phare typique alors que le faux réservoir surplombe la volumineuse batterie. Son avant costaud dénote avec la finesse de l’arrière dont la roue se trouve presque perdue entre le bras oscillant de la suspension et la petite selle en taille de guêpe. C’est qu’il y manque un truc et pas des moindres… l’échappement ! Il faudra s’y faire mais les chromes à profusion appartiennent désormais au passé. Finalement, le tout renvoie un équilibre visuel jouant entre classicisme et modernité, cela avec une touche de sobriété bienvenue dans l’univers Harley Davidson. Bref, excepté les feux arrière qui ont l’air un peu perdus au bout du porte-plaque, on adhère complètement au look de la Livewire.

Techno
Le point d’orgue de la Livewire est évidemment le côté technique avec la disparition du moteur thermique et de tous ses accessoires. Le V-Twin, sa boite de vitesse et son réservoir cèdent leur place à la batterie lithium-ion de 15,5 kWh et au moteur électrique synchrone de 78 kW qui se loge au plus bas sous cette dernière. Orienté longitudinalement, ce moteur fait appel à un renvoi conique pour transmettre sa puissance à la roue arrière via une courroie crantée comme de coutume sur les Harley… Ouf, au moins une tradition de conservée ! Les composants d’électronique de puissance prennent place au-dessus de la batterie sous le cache réservoir et le tout, encapsulé dans un rigide et joli cadre en aluminium coulé, est positionné au centre la moto pour un bon équilibre dynamique des masses. La partie cycle est complétée par des suspensions Showa entièrement réglables et des freins Brembo arborant deux disques de 300 mm de diamètre à l’avant. Les assistances de conduite électroniques se font via les dispositifs d’antiblocage des freins (ABS), de contrôle de traction (TCS) et les modes de conduite (4 prédéfinis + 3 configurables). La recharge de la batterie s’effectue en 12,5 heures en niveau 1 (recharge lente sur prise 220V) ou en 40 minutes en niveau 3 (recharge rapide) alors que le niveau 2 (recharge accélérée sur borne classique) a été simplement zappé ! Terminons avec l’instrumentation qui se résume à un écran TFT tactile de 4,3 pouces inclinable englobant toutes les informations et fonctions de la machine. C’est clair, bien présenté et efficace.

Hit the road
En parcourant la documentation presse on y lit que la Livewire a été pensée et optimisée pour un usage urbain. Chose confirmée par la position de conduite, l’autonomie fluctuant autour des 150 km réels et le temps de recharge de la batterie. La prise en main constitue une véritable découverte… D’abord, le poids relativement haut perché de la batterie surprend lorsque l’on manœuvre la machine à bout de bras à l’arrêt mais disparaît complètement dès les premiers tours de roues. Ensuite, le démarrage silencieux du moteur déroute encore plus qu’à bord d’une voiture électrique car, habituellement, le son est LA signature acoustique de toute moto. C’est alors qu’un sentiment mitigé de surprise et de déception monte en nous jusqu’à la première accélération… et là c’est le plaisir de se sentir catapulté par cette force silencieuse et invisible qui nous envahit. Quelle PECHE ! Jamais on n’avait expérimenté une telle réactivité, une telle poussée au guidon d’une moto. Les 116 Nm de couple, disponibles à tout moment et instantanément, permettent non seulement de relancer la moto comme bon nous semble mais aussi de doser avec précision le degré d’accélération pour un pilotage tout en finesse sans jamais devoir passer le moindre rapport. Le freinage est également une nouveauté car, au-delà des excellents Brembo (excepté l’arrière manquant de mordant), c’est la possibilité de ralentir la moto sur le frein moteur (en relâchant la poignée de gaz) qui participe à l’expérience de conduite. Cela nous amène à parler de l’ergonomie des commandes perfectible, notamment celle des clignotants dont le droit est particulièrement difficile à actionner dès lors que la poignée des gaz a la double fonction d’accélérer et de freiner. On s’interroge alors si, au risque d’en dérouter certains, il n’aurait pas été intéressant de migrer la manette de frein avant à gauche du guidon en lieu et place de l’embrayage qui a disparu… Car, à bien y réfléchir, la main et la jambe gauches sont désormais inactives sur les motos électriques ! Clôturons ce chapitre avec la suspension de belle facture qui offre un comportement rigoureux et un confort respectable pour ce type d’engin.

Good vibes ?
A l’heure du bilan, il est difficile de se prononcer sur la Livewire, surtout en considérant le patronyme qu’elle porte. La signature Harley c’est essentiellement un son et des vibrations caractéristiques, des éléments subjectifs que les bikers apprécient par-dessus tout et qui ont créé la légende de cette marque mythique. Pour l’illustrer, rappelons-nous le tube de Brigitte Bardot qui chantait « Quand je sens en chemin, les trépidations de ma machine, il me monte des désirs dans le creux de mes reins ». Tout cela concourt à confirmer la réaction des clients Harley qui n’apprécient que très moyennement l’arrivée de la Livewire tant elle les prive de ces émotions addictives. En échange, la Livewire leur propose de nouvelles sensations, celles du plaisir d’accélérer au point d’avoir l’impression de partir en orbite, le tout en silence (ou presque) dans une enveloppe moderne et rigoureuse. S’il n’est pas sûr que la clientèle actuelle puisse apprécier cette nouvelle orientation, l’essai de cette étonnante Livewire nous a littéralement conquis et augure un changement d’orientation de la marque qui prévoit de décliner le concept à d’autres modèles. L’histoire de Harley Davidson se réécrit aujourd’hui !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d bloggers like this: