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Le Joker : un rire marquant

De toutes les énigmes présentes dans l’océan des personnages diaboliques du monde de DC Comics, le Joker demeure la plus incomprise. Le clown fascine. Et pour quiconque s’attèle à dresser le portrait d’un symbole à la complexité sans pareille, il constitue assurément un cas peu banal.

Si l’origine de son physique diffère en quelques points selon les films, la série animée et les comics, il n’en reste pas moins l’ennemi juré de Batman aux traits spécifiques marqués depuis sa première apparition en 1940. Prédestiné à apparaître à l’écran, le personnage inspiré de Gwymplaine, interprété par Conrad Veidt dans le film de Paul Leni L’homme qui rit, offre un panel de déclinaisons physiques. De sa peau blanchâtre ressortent des cicatrices lui conférant un large sourire à la provenance incertaine pour lesquelles il aime à donner plusieurs versions sur leur apparition. Bien souvent, elles sont la conséquence d’un bain d’acide ou d’un bain chimique lorsqu’elles sont le résultat d’une maltraitance physique ou psychologique dans The Dark Knight de Christophe Nolan ou encore The Dark Night Returns de Franck Miller. D’un rouge à lèvres écarlate, le Joker exagère les traits de ses cicatrices lui permettant ainsi d’inventer une nouvelle histoire en fonction de son interlocuteur : tantôt son père alcoolique lui a dessiné un sourire parce qu’il est resté de marbre lorsqu’il infligeait des blessures mortelles à sa mère, tantôt il se l’est affligé lui-même en preuve d’amour à une femme également lacérée qui a fini par le quitter tant elle le trouvait moche. Ses cheveux verts négligés restent identiques, de même que sa façon de les coiffer tout comme son trois-pièces violet composé d’un pantalon à rayures et d’une longue veste à queue, changeant légèrement de coupe selon les comics et les adaptations. Des lèvres rouges, des cheveux verts et une peau blanche, s’il s’agit là des caractéristiques propres au Joker, son sourire perpétuel n’en demeure pas moins l’élément clé. Souffrant du Rictus, la contraction de ses muscles du visage lui donne perpétuellement l’expression d’un rire crispé.« Certains hommes veulent juste voir le monde brûler » résume Alfred Pennyworth, le majordome de Bruce Wayne. Tel est donc le mantra du Joker qui justifie ses actes par la seule volonté d’instaurer le chaos. Fou évadé d’un asile, humoriste raté, chute dans une baie de déchets l’ayant défiguré puis rendu fou ou encore enfant torturé, au fil du temps, les justifications à sa folie sont nombreuses. Sans morale, sans éthique et d’une intelligence machiavélique effrayante, il est un manipulateur de renom. Ses plans sont modulables en fonction des circonstances, ses paroles plongent les hommes dans le doute dans le meilleur des cas, dans un piège se dénouant par leur mort pour ceux qui s’abandonnent à lui, ou par sa propre mort. Des comics au cinéma en passant par les séries télévisées et les jeux vidéo, le Joker disparaît mystérieusement ou perd la vie dans des circonstances bien différentes. Par Magog ou Robin, du haut d’une cathédrale, d’un building, d’une infection par le virus Titan ou en se suicidant, ses derniers instants sont à sa hauteur : spectaculaires.

De Jack Nicholson à Heath Ledger en passant par Jared Leto et Joaquin Phoenix, retour sur l’évolution d’un mythe. Plusieurs générations ont été marquées par le joker, incarné à plusieurs reprises au cinéma. Personnage emblématique du 9ème art, les interprétations sur grand écran nous ont émerveillés, fascinés ou bien déçus. Retour sur l’évolution d’un mythe.

LES PRÉMICES DE LA CONSTRUCTION PSYCHOLOGIQUE DE TIM BURTON

Premier réalisateur à avoir développé les motivations et la psychologie du personnage de manière claire pour le spectateur, Tim Burton a fait du Joker un personnage à part entière. Interprété brillamment par Jack Nicholson, le personnage diabolique a désormais une raison de faire le mal : la vengeance personnelle. Avec ses cheveux verts, sa peau blanche et son addiction à l’acide, le Joker meurtrier des parents de Bruce Wayne effraie. Ses victimes affichent le même rictus quand vient l’heure de la mort.

THE DARK KNIGHT

La mise en scène de Nolan est sans aucun doute l’une des adaptations cinéma- tographiques les plus complexes du personnage. Adepte d’humour noir, l’interprétation de Heath Ledger reprend certaines mimiques de son prédécesseur Jack Nicholson en rendant toutefois le Joker plus intriguant. Dans son costume débraillé à l’antipode du dandy chic que nous pouvions lui reconnaître, il arbore le rôle d’un psychopathe instable et doté d’un sens de l’humour sadique dans un monde nouveau. Désormais, le Joker est motivé uniquement par des pulsions de folie n’ayant d’yeux que pour les tueries de masse. Pour coller au plus près au Joker, Heath Ledger a passé des heures isolé dans sa chambre d’hôtel à penser à des idées noires. Mort tragiquement d’une overdose le 22 janvier 2008, à seulement 28 ans, l’Australien a reçu l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle à titre posthume.

LE PREMIER FLOP DU JOKER

Manipulateur, violent mais amoureux, le Joker de David Ayer interprété par Jared Leto offre une nouvelle facette de lui-même. Cheveux gominés, dents argentées, costume soigné, son tempérament lunatique est insaisissable. Adulé de tous temps, le Joker de cette version a suscité de nombreuses railleries dans les salles de cinéma.

LE SAINT GRAAL DE JOAQUIN PHOENIX

Le personnage le plus fascinant de l’univers DC Comics a désormais son propre film à la hauteur de sa noirceur. L’histoire des origines du Joker de Todd Phillips acclamée pendant huit minutes à la Mostra de Venise doit ce succès à l’interprétation magistrale de Joaquin Phoenix qui nous entraîne avec lui. Si chaque incarnation du clown terrifiant est la personnification d’une déviance, la crimi- nalité avec Jack Nicholson, ou encore l’anarchie avec Heath Ledger, Todd Phillips plaide ici pour la folie causée par son entourage et la société. Succession d’abandons, de trahisons et de violences, ni les médicaments, ni les thérapies auront eu raison de lui, créant ainsi un être complexe à l’esprit vengeur que Joaquin Phoenix a bien cerné. C’est avec brio qu’il exprime physiquement l’état psychique de son personnage. Initialement tordu, contorsionné, inquiétant et triste dans la peau d’Arthur Fleck puis libéré dans le trois-pièces du Joker. Par son talent, il aura réussi à ajouter une nuance supplémentaire à la palette du super-vilain de DC Comics.

Et avec 788 millions de dollars récoltés dans le monde, « Joker » vient de battre le précédent record détenu par « Deadpool 2 » et devient donc le plus grand succès pour un film R-Rated, c’est-à-dire interdit aux mineurs de moins de 17 ans non accompagnés.

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