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Christian Bale : La course à la perfection

Christian Bale est très discret sur de nombreux sujets, et notamment concernant sa vie privée. L’ “Anglais né au Pays de Galles” (selon ses propres mots) de 45 ans est d’une distance fascinante, sélectionnant les projets avec un niveau de soin et de prudence notable par son absence dans le dernier film Le Mans 66.

Tandis que Bale est, jusqu’ici, resté relativement silencieux sur son interpretation de Ken Miles, le pilote dépêché par Henry Ford II pour produire une voiture capable de remporter la course des 24 heures du Mans, dans l’ultime fracas à haut indice d’octane de cette année, il s’ouvre sur sa carrière, ses transformations, et la définition même du “succès”… indice : il n’y en a pas.

PREMIUM : Vous avez une réputation de perfectionniste concernant les rôles que vous choisissez et l’interprétation de ces personnages. Est-ce quelque chose que vous devez combattre en vous-même?Christian Bale : Je ne pense pas que le perfectionnisme soit un combat: c’est plus comme un nœud coulant autour de votre cou. Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez contrôler, mais plutôt l’inverse. Je crois que ma marche vers le perfectionnisme est une chose qui finira par se jouer seule dans les années à venir. Je ne suis pas totalement dominé par elle, et je ne pense pas non plus l’avoir conquise, je pense donc que je dois me situer quelque part entre les deux.

PREMIUM : Est-ce que le besoin de précision et de qualité est juste quelque chose qui advient aux acteurs en général?
C. B. : Probablement. Mais je pense que c’est juste une réaction humaine, certainement en terme de créatifs et de leur désir de créer quelque chose de bien qui en vaut la peine. Vous pourriez en dire autant pour les ingénieurs, les architectes, les sportifs et même les journalistes. Je ne pense pas que ce que tu fais dans la vie importe vraiment, si tu es dans une disposition d’esprit faite pour la précision et le détail dans ton travail, alors tu chercheras toujours les marges les plus fines, quel que soit le projet. C’est certainement important pour moi, mais je ne pense pas que ça arrête les acteurs, c’est juste un trait de personnalité.

PREMIUM : Y a-t-il des acteurs du passé à qui vous aspiriez à ressembler lorsque vous cherchiez votre voie?
C. B. : Je n’aspire et je n’aspirais pas vraiment à ressembler à quelqu’un d’autre. J’ai commencé à jouer vraiment très jeune; ce n’est pas comme si j’avais passé 20 ans à regarder des films avant que quelqu’un me donne ma grande chance. En réalité, j’étais plus préoccupé par mes propres aspirations qu’à regarder les mouvements des autres. Si je devais citer une époque, ce serait ce genre de Marlon Brandon, mystère américain, mode sombre du film noir Classique. Pour moi, un film devrait créer du mystère et se cacher derrière, il ne devrait pas être totalement “dehors” et effronté, à moins que vous ne tentiez de faire totalement l’inverse.Je préfère l’art, la fumée, l’intensité de dessiner ma propre interprétation. Il y a un fatalisme dans tout film que je trouve inspirante, et vous pouvez le voir dans beaucoup de mes rôles.

PREMIUM : En parlant de fatalisme, et avec Le Mans 66 en tête, vous n’avez jamais eu peur de prendre des risques, êtes-vous d’accord?
C. B. : Totalement. Je pense que vous devez être dans un certain état d’esprit pour poursuivre le succès jusqu’à un point tel que vous êtes prêt à sacrifier absolument tout ce que vous avez pour y parvenir. Ça a toujours été un de mes rêves d’être Mark Marquez, gagnant le Grand Prix Moto, parce que je me dis que s’il y a quelqu’un que je veux être, c’est lui.J’adore les motos. Je n’en conduis juste plus autant car mon enthousiasme a dépassé mes compétences. Je pense que ça répond à la question : à quel point je suis prêt à tout risquer sur deux roues… pas assez.

PREMIUM : Il y a un certain nombres de fans de Christian Bale qui n’avaient jamais imaginé vous voir dans un film qui arrive accompagné par des gaz d’échappement.
C. B. : Comme je l’ai dit, ce n’est pas tant le sujet qui importe que l’absorption, la noirceur, l’intensité. Pour moi, c’était un film qui devait être fait parce qu’il tenait dans sa main une grande histoire d’effort humain et technique. Rien d’autre ne compte tant que vous avez deux atouts comme ceux-là pour vous guider sur votre voie.

PREMIUM : Les medias racontent que vous avez perdu 30 kg entre votre rôle dans Vice et Le Mans 66 juste en ne mangeant pas. Vous avez évidemment connu des transformations plus radicales que celle-ci, mais comment avez-vous acquis la discipline d’accomplir ceci dans un monde où la nourriture est partout? Adaptez-vous votre état d’esprit?C. B. : Oh mon dieu, ce n’est pas une sensation géniale (rires). Lorsque je maigrissais, je n’avais pas d’autre choix que d’aller au lit affamé et triste. Je ne pouvais pas vraiment me socialiser avec quelqu’un d’autre car cela aurait signifié pour moi être entouré par de la nourriture ou de la boisson la plupart du temps. Ça a été une période difficile, mais la motivation l’a rendue plus simple. Cela me procurait un sentiment de contrôle, et ensuite l’opposé total lorsque j’ai repris du poids. Vous perdez alors toute retenue et vous êtes comme fou. J’étais heureux de mettre un terme à tout ça, parce que ce n’était pas sain et cela m’aurait vite rattrapé.C’est un étrange contraste entre faire quelque chose mentalement stimulant et enrichissant, une perte de poids importante ou un gain de poids, et quelque chose qui est physiquement très dommageable. Quand tu essaies de faire jouer l’un contre l’autre, cela peut se révéler étrange pour ton esprit.

PREMIUM : Et remettre ça pour Vice?
C. B. : Le poids que j’ai pris pour jouer le role était autour des 20 kg, quel que soit le chiffre, c’était répugnant. C’était amusant les premières semaines, de juste manger tout ce que je voulais autant que possible. Mais après cette période votre corps commence à vous crier que vous faites quelque chose de mal. Il n’y avait pas de solution de rechange et la léthargie était difficile. Perdre du poids a été pire. Cela impliquait de manger les miettes et les restes dans les assiettes de mes enfants.
Faire des choses simples était devenu difficile, aussi bien au poids maximum que lorsque j’essayais d’en perdre. Tu te demandes si tu pourras redevenir comme tu était avant.

PREMIUM : Envisagerez-vous d’autres transformations de cette nature dans l’avenir ?
C. B. : En terme de poids? Probablement pas pendant un moment. Je pense que c’est le genre de transformations que les gens considèrent comme les plus profondes, évidemment c’est très visuel et c’est une chose facile à comprendre lorsqu’on regarde de l’extérieur.En termes de comment j’aborde cela en tant qu’acteur, ce n’est pas une des plus grosses transformations, et par cela je veux dire que la façon dont tu transformes la version normale de toi-même en un rôle est discutablement une chose plus importante. Transformer le corps est une chose assez simple quand tu y penses, ton effort est surtout basé sur ce que tu mets ou ne mets pas dans ta bouche, et si tu décides de travailler ou non. D’autres façons de te réimaginer dans le contexte de devenir quelqu’un d’autre peuvent engendrer des changements beaucoup plus profonds. Donc pour répondre à la question, je suis content de laisser derrière moi pour un moment la question physique. Pour les exigences de n’importe quel rôle, c’est toujours une transformation de soi, moi-même, et c’est juste une part du métier d’acteur.

PREMIUM : À ce stade, y a-t-il un rôle de votre carrière qui est resté avec vous d’une certaine façon, qui résonne encore en vous?C. B. : Demandez à Sibi (sa femme).

PREMIUM : Vous avez déclaré auparavant qu’elle a une influence très positive sur votre carrière…
C. B. : Toujours. Elle me pousse, m’aide à continuer, me fait atteindre le niveau supérieur. Elle sait.

PREMIUM : Comment avez-vous personnellement transformé le dynamisme en succès, sachant que l’un ne suit pas toujours l’autre?
C. B. : Le succès est relatif. Le succès dans le monde du cinéma n’est pas nécessairement le succès dans la vie. Le succès arrive quand tu choisis les choses qui te rendent heureux, ainsi que ceux qui t’entourent, heureux. Je n’ai pas travaillé autant que d’autres acteurs parce que ma définition du succès n’est pas entièrement liée à voir mon visage sur un écran. Le succès c’est aussi maintenant se plier à ce que les autres attendent de toi, c’est être assez confiant pour forger ton propre chemin.

PREMIUM : Quelle est la plus grosse surprise que vous avez eu sur un tournage?
C. B. : Je commence juste à en avoir une. Je suis la personnification de quelqu’un qui n’aurait jamais dû être là où il était. D’un autre côté, vous pourriez dire que je suis une inspiration pour ceux qui prennent leur temps pour décider ce qu’ils veulent faire (rires). Le fait est que je n’étais pas scolaire, j’étais un enfant qui courait partout, et même plus âgé, j’hésitais entre l’envie de devenir acteur et celle désespérée d’être à peu près n’importe où ailleurs. Lorsque vous combinez tout ça, vous devez vous demander comment j’ai terminé sur le tournage d’un film, mais je pense que la morale de cette histoire et de profiter et de saisir tous ces bons moments et ensuite y aller vraiment. C’est ridicule de penser, en premier lieu, que tu sais ce que tu veux faire de ta vie quand tu as huit ans… et tout aussi stupide de penser que tu dois te tenir à tes objectifs chaque minute de chaque jour. Nous avons besoin de perdre cette culture de la fausse positivité et de la fausse confiance. Le fait est que c’est normal de douter; c’est normal d’hésiter un peu, mais comme je l’ai dit, dans ces moments clés, quand tu as vraiment besoin de t’installer… installe-toi !

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