PREMIUM

Mirra Andreeva, 19 ans, sacrée reine de la terre battue à Roland-Garros

Il y a des après-midis parisiens dont l’élégance tient à la précision d’un geste. Celui de Mirra Andreeva, ce samedi à Roland-Garros, en aura été l’incarnation. En une heure et vingt-deux minutes, la Russe de 19 ans a déroulé un tennis d’une maturité confondante pour s’adjuger son tout premier titre du Grand Chelem, sur le score sans appel de 6-3, 6-2. Une performance de maîtresse, dans le théâtre où s’écrivent depuis bientôt un siècle les plus belles pages du sport.
Andreeva n’est pas une inconnue pour les amateurs avertis. En 2023, à 16 ans seulement, elle s’était déjà invitée au troisième tour pour ses débuts dans le grand tableau Porte d’Auteuil — un avertissement transmis avec la nonchalance des prodiges. Depuis, l’adolescente est devenue une habituée du Top 10 mondial de la WTA, glanant cinq titres et séduisant des fans aux quatre coins du globe par son style tout-terrain, fait de variations subtiles et de coups d’une précision chirurgicale. En soulevant la Coupe Suzanne-Lenglen, elle rejoint un panthéon redoutable : celui des adolescentes ayant remporté leur premier Majeur sur l’ocre parisien. Avant elle, Björn Borg, Chris Evert et Iga Świątek — tous membres, eux aussi, de la famille Rolex — avaient connu ce moment fondateur qui change une carrière, et parfois une vie.

L’émotion, à la sortie du court, était palpable. « Je regarde Roland-Garros depuis que je suis toute petite, et c’était un grand rêve de remporter ce tournoi », a confié la nouvelle lauréate, le trophée serré contre elle. « Je n’arrive pas à croire que je tiens ce trophée — Paris aura toujours une place très spéciale dans mon cœur. » Puis, dans un geste qui en dit long sur le caractère, ce remerciement adressé à elle-même : « J’aimerais me remercier moi-même, pour avoir toujours cru en moi, pour avoir donné 100 % même dans les moments difficiles, et pour essayer chaque jour d’être meilleure, en tant que personne comme en tant que joueuse. » Une déclaration d’une lucidité rare, à mille lieues des formules convenues.

Cette édition restera comme l’une des plus éprouvantes de mémoire récente. La chaleur écrasante des premiers jours, l’usure de matchs interminables sur la terre battue, la chute prématurée de plusieurs têtes de série : tous les ingrédients étaient réunis pour que la jeune génération s’engouffre dans la brèche. Dans le tableau masculin, le Brésilien João Fonseca — autre Testimonee Rolex — a livré deux remontées spectaculaires depuis deux sets de retard pour atteindre son premier quart de finale en Grand Chelem, confirmant qu’une nouvelle vague brésilienne pourrait bien déferler sur le circuit. Côté féminin, l’ascension méthodique de Victoria Mboko (troisième tour pour sa cinquième participation seulement en Grand Chelem), le meilleur résultat parisien de Belinda Bencic en huitièmes, et la performance d’Iga Świątek — qui égale le record de Chris Evert avec 42 victoires lors de ses 45 premiers matchs — composaient la toile de fond d’une quinzaine où le passé saluait l’avenir.
Parmi les 15 000 spectateurs présents pour le sacre d’Andreeva se trouvait une silhouette familière : celle de Garbiñe Muguruza. Dix ans après avoir elle-même soulevé son premier Majeur sur le même court, l’Espagnole — double lauréate en Grand Chelem et ancienne numéro un mondiale — observait le passage de témoin avec une émotion particulière. « Mirra Andreeva a toujours été une joueuse à surveiller », confiait-elle. « Lorsqu’elle a rejoint la famille Rolex et qu’elle s’est associée à mon ancienne entraîneuse Conchita Martínez, mon intérêt pour sa carrière n’a fait que grandir. C’est une fille bien, qui travaille très dur, et je crois qu’elle a un rôle important à jouer dans l’avenir de notre sport. J’ai hâte de la voir grandir sur et en dehors du court, comme ambassadrice du tennis, mais aussi de Rolex. »

A general view during the Men’s Singles fourth round match between Joao Fonseca (BRA) and Casper Ruud (NOR)
Quitter la version mobile