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Charles Leclerc, le pilotage avec le style

Photo : Mathieu César / Richard Mille

La Formule 1 et la mode n’ont pourtant pas grand-chose en commun, mais il n’aura échappé à personne que ces deux univers ont tendance aujourd’hui à se chevaucher (sans jeu de mots facile), créant ainsi un mix unique qui attire à la fois les amateurs de course et les amoureux de la mode. 
Traditionnellement, les pilotes de F1 étaient surtout reconnaissables à leur combinaison et à leur casque, mais plus récemment, ils ont émergé en tant que créateurs de tendances, aperçus fréquemment lors de défilés de mode prestigieux, et ont conclu des partenariats rentables avec des marques de luxe notoires. 
Le pilote Mercedes Lewis Hamilton, par exemple, est depuis longtemps considéré comme un ambassadeur international de grandes marques fashion. Tommy Hilfiger ou L’Oréal cherchent désespérément à tirer parti du style et de la vitesse du coureur britannique, ce qui démontre une fois de plus l’intégration de la F1 dans cet univers. 
Un autre exemple de cette synergie est le pilote de la Scuderia, Charles Leclerc. 
Le rouge vif de sa F1 qui s’élance sur la piste à des vitesses avoisinant – et parfois dépassant – les 300 km/h, captive les grands et les petits, les fashionistas et les célébrités en vogue des quatre coins du monde. 
C’est ce qui l’a conduit à déclarer qu’il pourrait bientôt suivre les traces de son rival britannique en créant sa propre marque de vêtements dans un avenir proche. Pour l’instant, alors qu’il se concentre sur la réussite de sa carrière sportive professionnelle (illustrée par un nouveau contrat de cinq ans avec l’écurie de F1 la plus ancienne et la plus prospère), l’élégant Monégasque envisage une future carrière dans la mode…

 PREMIUM : Quel est votre rapport avec la mode ? 
Charles Leclerc : J’aime bien m’habiller et cela me permet de me sentir bien, d’avoir confiance en moi et… d’être à la mode ! Cela ne peut être qu’une bonne chose, n’est-ce pas ? La mode joue un rôle important dans mon expression personnelle. Je préfère les vêtements qui reflètent non seulement mon style, mais qui sont aussi confortables. Mes choix mélangent souvent des pièces classiques et d’autres plus modernes. Je ne suis pas sûr que quelqu’un m’imitera sur les podiums pour l’instant !
Voir comment Lewis expérimente la mode m’inspire pour explorer différents looks, même si je ne suis pas certain de pouvoir aller aussi loin que lui en ce moment. Pour moi, il s’agit de porter ce qui me va et qui met en valeur ma personnalité, que ce soit lors d’une course ou dans la vie de tous les jours.

Est-il vrai que vous envisagez de vous lancer dans cette activité à un moment ou à un autre ?
C. L. : Le stylisme me plaît beaucoup. C’est l’aspect créatif qui me motive vraiment. Je suis capable de dessiner, mais dessiner ma propre collection dépasse mes compétences actuelles. Mes idées sur ce que j’aime sont bien définies, mais je n’en suis pas encore au stade où je peux créer mes propres modèles. J’ai brièvement parlé de mode avec Lewis et je l’ai félicité pour sa collection l’année dernière. Il a d’excellents goûts et l’audace d’arborer des tenues uniques lors des courses. Il fait des progrès impressionnants avec sa marque et j’aime beaucoup son travail. J’aimerais bien arriver à faire quelque chose de similaire. J’ai d’ailleurs commencé à travailler sur un projet dans le passé, mais j’ai arrêté. Alors, oui, je le reprendrai peut-être à l’avenir.

Parlez-nous un peu de l’arrivée de la mode en F1 et, plus particulièrement, chez Ferrari…
C. L. : En explorant l’aspect technique de la fabrication de nos combinaisons, j’ai remarqué que le partenariat entre les pilotes et les créateurs de mode avait évolué, avec un plus grand flux d’idées créatives. Mon intérêt pour la mode a toujours été vif, et en apprenant que Ferrari se concentrait de plus en plus sur la création de collection capsules uniques et de combinaisons sur mesure pour chaque Grand Prix, j’étais impatient de participer. En tant que pilotes, nous sommes informés des nouveaux concepts avant qu’une combinaison ne soit fabriquée. L’année dernière, nous avons développé une édition spéciale pour Monza, une expérience entièrement nouvelle pour moi. Le facteur clé est la performance et, pour l’atteindre de manière optimale, le confort est essentiel. Le confort élimine les distractions et libère l’espace mental pour l’attention et la concentration.

Passons de l’attention et de la concentration à une autre composante essentielle du sport, l’état d’esprit. Que pensez-vous de celui-ci et comment parvenez-vous à l’état d’esprit parfait pour donner le meilleur de vous-même ?
C. L. : Il existe un mythe selon lequel certaines personnes possèdent une confiance illimitée. Cependant, tout le monde est confronté à des moments difficiles, qui peuvent conduire à des périodes d’introspection.  Personnellement, j’ai toujours adopté cet état d’esprit qui me fait remettre en question mon approche et me questionne : « Est-ce la bonne voie, Charles ? » Je ne dirais pas que ce type d’auto-analyse est un signe de faiblesse, mais plutôt un effort conscient pour affiner et améliorer mes compétences. C’est grâce à ce processus continu d’évaluation et d’adaptation que je trouve la résilience nécessaire pour faire face aux difficultés du monde de la course.

Lorsque vous n’êtes pas au mieux de votre forme ou que vous avez connu une séance décevante, comment vous remettez-vous en selle ? 
C. L. : Je m’astreins à des perfomances élevées et je suis assez critique envers moi-même lorsque je commets des erreurs. Au sein d’une équipe, je m’efforce de rester objectif et de communiquer ouvertement. Mon objectif est d’encourager tout le monde à adopter une approche similaire – être autocritique, apprendre de ses erreurs et chercher continuellement à s’améliorer. Je dois adopter cette culture de l’auto-évaluation constructive, en veillant à ce qu’elle encourage l’environnement de collaboration dans lequel nous travaillons en tant que moteur de la F1. Cette croissance collective et ce succès pour nous tous chez Ferrari deviennent la force motrice de nos efforts partagés sur et en dehors de la piste. Bien qu’il n’y ait qu’un seul pilote dans la voiture, il y en a beaucoup d’autres qui font en sorte que cela se passe le mieux possible.

Comment un être humain peut-il s’habituer aux vitesses incroyables des voitures de F1, sans parler de la capacité et de la dextérité à les contrôler à des niveaux d’expertise aussi élevés ?
C. L. : Je suppose qu’au fur et à mesure que vous franchissez les différents stades de compétence dans la course automobile, du karting à la F3, la F2, pour finalement atteindre le sommet avec la Formule 1, vous vous habituez à la science qui se cache derrière et à la condition physique requise pour courir au plus haut niveau. Ma philosophie a toujours été de pousser au maximum et de ne rien laisser sur la table. Lorsque vous avez une voiture plus délicate à piloter, comme ce fut le cas pendant la première partie de la saison dernière, les erreurs se produisent. Je le sais. Chaque fois qu’il manque quelque chose, que j’essaie de trouver ce qui n’est pas là, je repousse les limites. Car il ne s’agit pas seulement de me contenter de piloter avec les capacités de la voiture, je dois repousser ces limites pour découvrir le potentiel inexploité et affiner à la fois mes compétences et les performances de la voiture. Nous verrons ensuite ce qui a bien fonctionné et où j’ai peut-être trop poussé la voiture, afin de la perfectionner pour les courses et les séances de qualification à venir.

Quel a été le meilleur moment depuis le début de votre carrière ?
C. L. : La F2 a été d’une valeur inestimable pour mon développement en tant que pilote. Elle a affiné mes compétences, m’a exposé à des compétitions de haut niveau et m’a préparé à l’intensité de la F1. Les courses serrées et les batailles stratégiques en F2 ont été cruciales pour développer mon sens de la course et ma résistance mentale. Cela m’a fourni une base solide, et les leçons apprises en F2 continuent de façonner mon approche dans la première ligue du sport automobile.

Même si je suis sûr que vous avez félicité Max Verstappen pour son troisième titre mondial consécutif, cela ne devient-il pas un peu frustrant de voir qu’un autre concurrent a la meilleure voiture en piste et vous donne donc l’impression qu’il est presque impossible de le battre ?
C. L. : Je ne peux à aucun moment penser à cela ou de cette manière, car si vous pensez que vous avez perdu ou que vous êtes inférieur, autant ne pas monter dans la voiture. Comme je l’ai dit, nous nous efforçons toujours de nous améliorer et de nous assurer que, quels que soient les problèmes, nous travaillons ensemble pour les résoudre la prochaine fois. Chaque équipe va toujours traverser une période difficile où les choses ne vont pas bien, où il y a un problème qui doit être résolu, mais vous ne pouvez pas identifier exactement ce que c’est ou comment trouver un moyen de le résoudre – vous devez avancer avec ça. C’est ce qu’a fait Red Bull et ils en récoltent les fruits. Je sais à quel point chaque membre de l’équipe travaille dur et je sais aussi que personne n’est assis là à se tourner les pouces en espérant que les choses changent comme par magie. Ils sont activement déterminés à mettre en piste les meilleures voitures pour Carlos [Sainz, son coéquipier] et moi. Nous sommes tous les deux très reconnaissants pour cela et c’est à nous de mettre en pratique tout ce travail et de ne pas percuter le mur ou une autre voiture au premier virage !

Qu’en est-il de votre relation avec Carlos ? Est-ce que c’est une bonne chose ? *
C. L. : Avoir Carlos comme coéquipier est fantastique. Nous partageons un respect mutuel et un esprit de compétition sain qui nous pousse tous les deux à élever nos performances. Il est essentiel d’avoir un partenariat solide pour assurer le succès de l’équipe. Carlos apporte son expérience, ses compétences et son énergie positive à l’équipe, ce qui favorise un environnement de collaboration qui nous est bénéfique à tous les deux.

Ferrari est-elle la voiture qui vous permettra d’atteindre votre objectif de devenir champion du monde ?
C. L. : Être dans la lutte pour le titre est ma priorité absolue, et bien que ce ne soit pas le cas actuellement, je trouve cela plus motivant que frustrant. Cette situation alimente ma détermination à apporter un changement positif et à élever Ferrari à la place qui lui revient au premier plan. Je pense qu’atteindre cet objectif constituera un moment exceptionnel lorsque cela se produira.  Ce voyage, c’est la persévérance, la croissance et, je l’espère, la fin heureuse pour nous avec le triomphe final qui ajoutera un chapitre unique à l’héritage historique de Ferrari.

Le soutien des Ferraristes est incomparable et, où que vous alliez, il est toujours présent de manière très forte, même sur les circuits. Cela doit signifier beaucoup pour vous, surtout quand les choses ne se passent pas exactement comme vous le souhaiteriez ?
C. L. : Oui, le dévouement des tifosi pour l’équipe est inégalé. Si cet enthousiasme est indéniablement positif, il comporte aussi des défis, notamment dans la gestion des attentes, car la passion intense a tendance à rendre les gens quelque peu impatients. Je ne sous-estime pas ce dont ils ont envie, car c’est aussi quelque chose que je veux pour moi. Je ne peux donc pas me plaindre de la loyauté, du soutien extraordinaire et du bruit et de la couleur fantastique qu’ils apportent aux week-ends. Cependant, j’aime bien faire la part des choses quand ça ne va pas très bien !

Quel est votre avenir chez Ferrari ?
C. L. : J’ai toujours eu une grande affection pour Ferrari et mon souhait est de continuer avec l’équipe. Mon but ultime est de devenir champion du monde et je suis déterminé à y parvenir, en particulier avec Ferrari. Reconnaissant les défis auxquels nous sommes confrontés, nous sommes conscients de l’écart important qui nous sépare du niveau de Red Bull. Cependant, Ferrari a joué un rôle déterminant dans mon parcours, en me soutenant dès le début de ma carrière. C’est une écurie que je chéris. Mon objectif principal est de remporter des victoires pour elle. Les défis ou les doutes potentiels liés à la réalisation de cet objectif ne me préoccupent pas. Au contraire, je m’engage à travailler en collaboration avec l’équipe, en m’efforçant de l’améliorer en permanence.  J’espère que, grâce à nos efforts collectifs, nous pourrons un jour réaliser ce rêve.

Que pensez-vous du nombre apparemment croissant de courses de sprint ?
C. L. : Je ne serais pas satisfait d’une course de sprint tous les week-ends, comme c’est le cas en MotoGP. Je pense que six week-ends offrent un mélange équilibré, et je suis donc heureux que l’on s’en tienne à cela pour la saison prochaine. Cependant, j’apprécie les courses occasionnelles et le défi que représente le fait de n’avoir qu’une seule séance d’essais libres. Cela ajoute un élément d’imprévisibilité et d’excitation, nous obligeant à maximiser nos performances dans des conditions limitées. C’est un format unique qui ajoute une couche supplémentaire de stratégie, rendant chaque week-end de course distinct et engageant à la fois pour les pilotes et les fans.

Et enfin… Quelles sont vos premières réflexions sur ce que la saison 2024 nous réserve ?
C. L. : L’évolution de la conception des voitures introduit de nouveaux défis chaque saison. Si le départ de la RB 19 est notable, prédire la compétitivité globale de la saison 2024 est complexe. Les équipes repoussent constamment les limites, et la dynamique peut changer. Nous resterons engagés dans l’amélioration continue, en veillant à ce que Ferrari reste à la pointe de l’innovation pour naviguer dans les complexités du paysage en constante évolution de la F1.

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