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Omar Sy, l’art de prendre son temps

Il y a chez Omar Sy quelque chose qui ne s’apprend pas. Une présence. Une manière d’occuper l’espace sans le saturer, de sourire sans forcer, de parler bas quand tout pousse à parler fort. Une élégance d’instinct, en somme — celle qui fait les vraies stars et les grandes maisons.
Logique, alors, que Jaeger-LeCoultre soit venue le chercher. La manufacture de la Vallée de Joux, gardienne d’un savoir-faire centenaire et d’un certain art de la retenue, vient de l’intégrer parmi ses Friends of the House. Sur le papier, l’évidence. Dans les faits, davantage qu’une signature : une affinité.
Car Omar Sy, c’est trente ans de carrière construite à rebours des cases. Du Jamel Comedy Club aux plateaux des frères Russo, de Trappes à Trappes en passant par Intouchables, Lupin, X-Men et bientôt Mercenary — la prochaine grosse machine Netflix produite par les studios derrière Avengers. Quarante films, un César, un statut d’acteur-producteur des deux côtés de l’Atlantique, et désormais des parts dans le Paris Basketball. Le genre de trajectoire qui, vue de loin, ressemble à une évidence. Vue de près, à une accumulation d’heures invisibles.
C’est précisément ce que raconte The Hour Before, la série lancée par la maison pour ouvrir le bal de ce partenariat. L’heure d’avant. Celle du doute, du travail, des choix qu’on assume seul. Celle qui ne fait jamais la lumière, mais qui fait les carrières. Chez Jaeger-LeCoultre, on connaît bien cette heure-là : c’est celle des ateliers, du calibre qu’on ajuste au centième de millimètre, du geste qu’on répète jusqu’à la perfection.
Rendez-vous a été pris dans cet entre-deux, entre deux tournages et deux fuseaux horaires. On a parlé temps, style, discipline, et de ce qu’on apprend vraiment quand personne ne regarde.

French Lover a marqué un retour à la comédie après plusieurs années de rôles dramatiques et d’action à l’international. Les critiques ont souligné la manière dont le film conjugue légèreté et profondeur émotionnelle. Comment avez-vous vécu ce retour à ce registre, et qu’avez-vous voulu y apporter de nouveau ?
Omar Sy : Revenir à la comédie m’a semblé très naturel, parce que c’est de là que je viens. Avant que les gens me connaissent à travers des drames ou des films d’action, la comédie était mon langage. Mais je ne voulais pas simplement revisiter quelque chose de familier. Ce qui m’intéressait, c’était d’explorer la comédie à la lumière de l’expérience. Plus on avance, plus on porte d’émotions, de responsabilités et de regards différents. Ce que j’ai aimé dans French Lover, c’est qu’il laissait coexister l’humour et la vulnérabilité. La vie est ainsi. Les moments les plus drôles sont souvent très proches des plus humains. Je voulais apporter cette complexité au personnage et montrer que la comédie peut révéler quelque chose de profond chez les gens, et pas seulement les divertir.

Avec la saison 4 de Lupin à l’horizon et Dumas: Black Devil prévu pour 2027, vous incarnez simultanément l’un de vos personnages contemporains les plus iconiques tout en préparant l’interprétation d’une figure historique réelle. Comment tient-on en même temps ces deux univers créatifs si différents ?
Ce qui les relie, c’est la curiosité. Assane Diop est un personnage construit à partir d’imagination, d’intelligence et de mouvement. Alexandre Dumas est une figure historique dont la vie a influencé la littérature et la culture de manière très concrète. La préparation est totalement différente, mais la responsabilité est similaire. Avec Assane, je me demande toujours : « Qu’est-ce qui pourrait surprendre le public la prochaine fois ? » Avec Dumas, je me demande : « Qui était cet homme au-delà du mythe ? » L’un regarde vers l’avant, l’autre vers l’arrière. Pour un acteur, avoir les deux mondes en même temps est un cadeau, parce qu’ils mobilisent des parts différentes de votre créativité.

En tant que producteur artistique sur Lupin, vous façonnez désormais l’histoire autant que vous l’interprétez. Cette casquette de producteur a-t-elle changé votre façon d’aborder votre propre jeu, et votre regard sur le projet dans son ensemble ?
Absolument. En tant qu’acteur, votre attention se porte naturellement sur votre personnage et vos scènes. En tant que producteur, vous pensez à tout l’écosystème : l’histoire, le public, le rythme, la vision à long terme. Cela m’a rendu plus conscient de la manière dont chaque décision créative affecte l’ensemble du projet. En même temps, quand je passe devant la caméra, j’essaie d’oublier une partie de cette responsabilité et de faire confiance au personnage. Le défi, c’est de savoir quand porter quelle casquette. Mais cela m’a donné une appréciation plus profonde de la collaboration et de tout ce qui se joue dans les coulisses.

RETOUR SUR L’HEURE D’AVANT LES GRANDS MOMENTS

Vous avez eu plusieurs rôles transformateurs au cours de votre carrière. Y en a-t-il un qui se distingue comme un tournant artistique ? Quel a été le chemin parcouru pour y arriver ?
Évidemment, Intouchables reste un tournant. Pas seulement à cause de son succès, mais parce qu’il a changé la façon dont les gens me percevaient, et la façon dont je voyais mes propres possibilités d’acteur. Le chemin pour y arriver, ce sont des années d’apprentissage, de performances, d’erreurs, de confiance qui se construit. Rien ne s’est fait du jour au lendemain. Quand cette opportunité est arrivée, j’étais prêt à la saisir grâce à tout ce qui l’avait précédée. Avec le recul, ce rôle a été comme une porte qui s’ouvrait sur un monde beaucoup plus grand.

Y a-t-il eu un moment, plus tôt dans votre vie ou votre carrière, peut-être même avant Intouchables, où vous avez compris que le jeu d’acteur prendrait dans votre vie une dimension plus grande que vous ne l’aviez imaginée ? Qu’est-ce qui a déclenché cette prise de conscience ?
Je ne crois pas qu’il y ait eu un moment spectaculaire. Cela s’est fait progressivement. Au début, jouer, c’était la joie. J’adorais faire rire. Puis j’ai commencé à réaliser que les histoires pouvaient relier des gens d’horizons très différents. Quand j’ai vu le public réagir émotionnellement — pas seulement rire, mais se reconnaître dans un personnage —, j’ai compris que jouer pouvait avoir un impact plus profond. C’est à ce moment-là que c’est devenu plus qu’un métier ou une ambition. C’est devenu quelque chose qui avait du sens.

Que représente pour vous The Hour Before — ce moment où personne ne regarde, mais où tout ce pour quoi vous avez travaillé est sur le point de prendre vie ?
Pour moi, cette heure est une heure de gratitude. C’est l’un des rares moments où tout devient silencieux. Avant une avant-première, avant d’entrer sur un plateau, avant une scène importante, il y a un instant où vous êtes seul avec vos pensées. Vous repensez au travail accompli, aux personnes qui vous ont aidé à arriver jusque-là, aux risques que vous avez pris. L’issue est encore inconnue, et il y a quelque chose de beau dans cette incertitude. Cette heure-là me rappelle pourquoi je fais ce métier.

LA COLLABORATION AVEC JAEGER-LECOULTRE

Vous avez dit aimer les pièces qui portent du sens à travers leur design et leur artisanat. Comment retrouvez-vous cette même philosophie dans votre approche de votre propre travail ?
Les détails comptent. Souvent, le public ne les remarque pas consciemment, mais il les ressent. Qu’il s’agisse d’un horloger qui affine un mouvement ou d’un acteur qui sculpte une interprétation, il y a un engagement envers l’excellence qui existe derrière le résultat fini. Je crois que le travail le plus signifiant naît de la patience, de la précision et du respect pour son métier. Ces valeurs me parlent profondément.

Jaeger-LeCoultre est bâtie sur l’idée que la maîtrise se cultive avec le temps. Cela résonne-t-il avec la manière dont vous pensez votre propre évolution en tant qu’acteur et producteur ?
Énormément. L’expérience enseigne l’humilité. Chaque projet vous rappelle qu’il y a encore tant à apprendre. Quand j’étais plus jeune, le succès me semblait lié à la réussite. Aujourd’hui, je pense davantage en termes de croissance. La maîtrise n’est pas une destination ; c’est une relation avec son métier. On continue d’affiner, de questionner, d’évoluer. Cette philosophie est très proche de mon propre parcours.

Jaeger-LeCoultre a pour héritage de marier innovation créative et excellence mécanique. Y a-t-il une pièce particulière de la collection qui résonne avec votre propre trajectoire créative, entre héritage et réinvention ?
J’ai toujours admiré la Reverso de Jaeger-LeCoultre parce qu’elle incarne à la fois la tradition et la transformation. Elle possède une identité iconique, mais elle continue d’évoluer tout en restant fidèle à ses origines. En tant qu’acteur, je me retrouve dans cette idée. On porte son histoire avec soi, mais il faut aussi continuer à découvrir de nouvelles versions de soi-même. La réinvention prend du sens quand elle naît de l’authenticité.

STYLE ET HORLOGERIE

Votre style a souvent été décrit comme naturellement sobre, confiant sans ostentation. Est-ce quelque chose que vous cultivez consciemment, ou cela vient-il naturellement ? Et comment une montre Jaeger-LeCoultre s’inscrit-elle dans ce sens de l’élégance et de l’authenticité, devant ou derrière la caméra ?
Je crois que cela vient naturellement. Je n’ai jamais été attiré par les choses qui réclament l’attention pour elles-mêmes. Je préfère les pièces qui se révèlent avec le temps. Ce que j’apprécie chez Jaeger-LeCoultre, c’est que son élégance est sûre d’elle plutôt que démonstrative. Il y a une sophistication discrète. Que vous soyez sur un tournage ou en famille, cela paraît authentique plutôt que symbolique. C’est une qualité à laquelle je tiens.

Pour vous, une montre est-elle avant tout un objet de design, une affirmation d’artisanat, ou quelque chose de plus personnel ?
Cela commence par l’artisanat, mais avec le temps, cela devient personnel. Une montre vous accompagne à travers des expériences, des étapes, des souvenirs. Elle marque des moments d’une manière très intime. Plus vous la portez, plus elle fait partie de votre histoire. C’est ce qui lui donne une valeur émotionnelle qui dépasse son design ou sa prouesse technique.

Jaeger-LeCoultre incarne un équilibre entre tradition et innovation. Comment cette tension se traduit-elle dans votre approche du style ?
Je pense que le style, comme la création, est le plus fort quand il respecte les deux. La tradition vous donne des fondations. L’innovation vous pousse à avancer. Dans mon travail comme dans mon style personnel, j’essaie de ne pas courir après les tendances. Je cherche plutôt des choses qui semblent intemporelles tout en gardant une forme de fraîcheur. Le but n’est pas de choisir entre tradition et innovation — c’est de trouver le dialogue entre les deux. C’est là que vit le caractère.

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