Site icon PREMIUM

Callum Turner, le « Bond » garçon pressenti pour incarner l’agent 007

Lorsque Callum Turner nous rejoint, il sort tout juste d’une longue journée de post-production à Los Angeles. L’acteur britannique se trouve à un moment charnière de sa carrière, jonglant entre plusieurs projets parmi les plus en vue : Masters of the Air, la fresque épique sur la Seconde Guerre mondiale produite par Apple TV+ ; la prochaine promotion de la série de science-fiction Neuromancer ; le tournage de Rosebush Pruning aux côtés de Jamie Bell, Elle Fanning et Riley Keough ; sans oublier les spéculations intenses qui laissent entendre qu’il pourrait être en lice pour devenir le prochain James Bond.
Lui, pourtant, continue d’avancer. Et si chaque projet affine un peu plus sa personnalité et sa place dans une industrie complexe, ce qui frappe le plus chez Turner, c’est sa capacité à rester exactement celui qu’il souhaite être.
Même lorsqu’on évoque l’idée d’hériter de l’un des rôles cults les plus scrutés du Royaume-Uni, il ne se crispe pas. Il ne nourrit pas non plus les rumeurs.
Ce qu’il fait, en revanche, c’est parler — lentement, précisément — du métier, de la solitude, de la masculinité, des routines, des vêtements, du corps, de l’amour, et de la manière discrète dont il structure sa vie.
Très vite, une évidence s’impose : la plus grande performance de Callum Turner est peut-être son calme.

Premium : Masters of the Air et The Boys in the Boat viennent de sortir, vous êtes de nouveau en tournage, et votre nom est partout dans les conversations autour de James Bond. Avez-vous le sentiment de vivre un moment particulièrement intense ?

Callum Turner : Oui, mais d’une manière assez contenue, étrangement. On imagine souvent que lorsque la carrière devient plus bruyante, la vie l’est aussi. Moi, j’ai fait l’inverse. J’ai simplifié presque tout ce qui m’entoure. Cela me donne l’espace nécessaire pour accueillir l’exposition liée aux nouveaux projets et aux nouvelles opportunités.

Comment occupez-vous votre temps loin du travail ?

Quand je suis à New York, je loge à Soho et mes journées sont très structurées. Je me lève tôt, je marche partout, je fais la rotation entre les mêmes deux cafés — Little Canal sur Grand Street et La Colombe sur Lafayette — je vais à la salle de sport à la même heure, je cuisine la plupart des soirs. J’essaie de garder une vie assez réduite pour que mon travail puisse, lui, être ample.
Masters of the Air a été une expérience immense, avec Spielberg, Hanks… et une vraie charge historique. On se sent responsable, non seulement de l’histoire, mais aussi des personnes dont on fait écho aux vies. En parallèle, je développe un film beaucoup plus intime, situé à Londres, avec un ami réalisateur, dont très peu de gens ont connaissance. Ce contraste est essentiel pour moi. Il me maintient honnête.

En quoi Masters of the Air vous a-t-il changé personnellement ?

Cela m’a donné une perspective. Nous lisions des lettres écrites par des garçons de 20, 21, 22 ans, qui savaient qu’ils ne rentreraient pas chez eux. Après ça, il devient difficile de se plaindre de choses futiles. Je me souviens avoir séjourné dans l’Oxfordshire pendant le tournage, et marcher dans les champs après de longues journées — sans musique, sans téléphone, simplement marcher. Cela a profondément modifié mon rapport à l’ambition. On se détache du bruit, on cherche davantage le sens. On réalise à quel point tout est fragile.

Et ces rumeurs autour de James Bond…

Elles sont intéressantes, et on verra bien ce qu’il se passe. Tous les acteurs dans la lumière ont été associés au rôle à un moment ou à un autre, donc j’imagine que c’est simplement mon tour. Je ne prends pas les rumeurs trop au sérieux : beaucoup de choses sont dites sans jamais se concrétiser.
C’est flatteur, d’une manière presque surréaliste. Bond n’est pas seulement un rôle, c’est une institution britannique. Ma mère m’envoie encore des captures d’écran des journaux. Mais j’ai appris que si l’on laisse des scénarios imaginés dicter le présent, on cesse de faire un travail sincère.
Je choisis toujours mes projets selon les mêmes critères : est-ce que cela me fait un peu peur, et est-ce que cela sonne juste ? Je suis surtout reconnaissant d’avoir du travail — et du travail que j’aime.


 » Tous les acteurs dans la lumière ont été associés au rôle à un moment ou à un autre, donc j’imagine que c’est simplement mon tour « 

Vous avez toujours été très sélectif dans vos choix. D’où vous vient cet instinct ?

Du fait que rien ne m’a été donné. Je ne viens pas d’un milieu aisé, ni d’une famille liée au cinéma. J’ai grandi à Chelsea, fréquenté l’école du quartier, et le métier d’acteur n’était pas une idée glamour ; il est entré dans ma vie progressivement.
Je faisais du mannequinat adolescent pour payer mes factures, et j’ai suivi quelques ateliers de théâtre presque par hasard. Quelqu’un m’a suggéré un stage court à la RADA, et c’est là que j’ai compris qu’il y avait un véritable artisanat derrière ce métier… que ce n’était pas seulement être devant une caméra.
Je me souviens d’une petite salle de répétition, lisant un monologue, et me disant : « En fait, tout est dans l’écoute. » Cela a tout changé. Je n’ai pas eu l’impression d’arriver quelque part, mais d’avoir trouvé quelque chose sur lequel je pouvais travailler toute ma vie.

Vous souvenez-vous de votre premier vrai rôle ?

Très clairement. Leaving a été mon premier rôle important, et j’étais terrorisé. Lorsqu’on débute, on est hyperconscient de chaque erreur potentielle. On observe les autres, on essaie de copier leur façon d’être sur un plateau. Mais en même temps, j’ai ressenti un sentiment d’appartenance inédit. C’était un endroit où l’effort comptait davantage que l’origine.

Vous incarnez souvent des hommes émotionnellement contenus. Est-ce un choix conscient ?

Je dirais que je suis davantage attiré par l’intériorité que par la retenue. Les hommes qui m’intéressent sont contradictoires : bienveillants mais conflictuels, forts mais incertains, loyaux mais inquiets. La génération de mon père, de mes oncles, n’a pas grandi avec un langage émotionnel. Ils portaient beaucoup en silence. Quand j’ai joué Theseus Scamander dans Les animaux fantastiques, ce n’était pas l’héroïsme qui m’attirait, mais le poids de la responsabilité.

Vous vivez de manière très discrète. À quoi ressemble votre routine sportive ?

Elle est fonctionnelle. Je ne cherche pas la masse, mais la longévité. Beaucoup de travail au poids du corps, de boxe, de course, de longues marches. À New York, je vais dans une petite salle de sport sur Canal Street, sans mise en scène. J’aime transpirer là où personne ne regarde. Le sport devrait calmer le système nerveux, pas l’agresser.

La nourriture semble occuper une place importante dans votre vie.

C’est mon moyen de décompression. Cuisiner est très méditatif pour moi. J’aime les plats mijotés — agneau braisé, rôtis, ragoûts. Je mets un disque, souvent Nick Drake ou Bill Evans, et je cuisine sans regarder mon téléphone. Ça m’aide à garder les pieds sur terre.

Votre style vestimentaire fait beaucoup parler. Comment le définiriez-vous ?

Confortable, ajusté, discret. J’aime les vêtements qui s’oublient sur le corps plutôt que ceux trop voyants. Je porte beaucoup de Margaret Howell, Drake’s, Sunspel, de vieilles vestes Barbour, des mailles douces, de bonnes bottes. Des vêtements qui se patinent avec le temps. Les tendances ne m’ont jamais intéressé. Je préfère me ressembler dans dix ans qu’être à la mode pendant six mois.

Aimez-vous les tapis rouges ?

J’apprécie le savoir-faire derrière les vêtements. Travailler avec des créateurs qui comprennent la coupe, la proportion, les matières. Mais mes vêtements préférés restent ceux du quotidien : jeans usés, pulls en cachemire, baskets fatiguées. 
Quant aux tapis rouges eux-mêmes, il s’agit surtout de sourire face aux appareils photo. On y est davantage vu que l’on n’y fait quelque chose de réellement remarquable.

Vous êtes dans une relation très médiatisée (il est fiancé à la chanteuse Dua Lipa). Cela a-t-il changé votre rapport à la vie privée ?

Cela m’a appris à protéger davantage les petites choses. Lorsqu’on est dans une relation qui suscite de l’intérêt, on comprend très vite ce que l’on veut préserver.
Ce que j’aime chez Dua, c’est son incroyable aptitude à rester connectée à la réalité. Les gens voient l’ampleur de son travail, mais dans l’intimité elle est très simple. Elle aime cuisiner, marcher longtemps, les soirées calmes, être chez elle. Nous sommes tous les deux très tournés vers la maison, ce qui surprend souvent.
Nous marchons beaucoup — c’est notre rituel. À Londres, Hampstead Heath tôt le matin, quand tout est encore silencieux, ou les canaux de Little Venice. À New York, de Soho jusqu’au West Village, quelque chose à grignoter, un endroit simple, et parler. Nous ne sommes pas friands de grands gestes. Nous aimons les rituels simples, répétables.
Être avec Dua m’a appris à quel point il est essentiel de protéger la vie ordinaire. On peut la perdre très vite quand on travaille dans des industries publiques. Il y a toujours un événement, un endroit où être vu.

Vous êtes pourtant d’un grand soutien l’un pour l’autre…

Bien sûr. Nous soutenons énormément le travail de l’un et l’autre, mais nous savons aussi dire stop. Il arrive un moment dans la soirée où l’un de nous dit : « Bon, plus de discussions professionnelles. » Et alors on parle de ce qu’on lit, des voyages à venir, de ce qu’on va cuisiner le week-end. Cette frontière est importante.
Je crois que l’amour devient plus fort quand on l’autorise à être normal. À être un peu ennuyeux. Et l’ennui, dans le meilleur sens du terme, c’est là que réside la paix.

Que signifie aujourd’hui le succès pour vous ?

La durée. L’équilibre. Pouvoir s’éloigner sans panique. Conserver des amitiés en dehors du milieu. Apprécier sa propre compagnie.

Si Bond devait arriver, qu’aimeriez-vous y apporter ?

De la retenue. De l’humanité. De la vulnérabilité. Le sentiment que sous le costume se cache un homme chargé de conséquences.

Enfin, qu’est-ce qui vous rend le plus heureux lorsque personne ne vous regarde ?

Marcher dans Londres tôt le matin, quand les rues sont vides. Cuisiner pour ceux que j’aime. Être assis en silence. Ce sont ces moments-là, le vrai luxe.

Quitter la version mobile